Chaud les marrons !

1,5 °C, +2°C… Et désormais peut-être +2,7°C… Concrètement, ça veut dire quoi, pour nous ? Certains ont tendance à penser qu’un petit degré en plus, ça ne changera pas grand-chose, malheureusement ils se trompent lourdement…


Climax
 
La newsletter plus chaude que le climat
Climax Vol. 24
Tout d'abord…
COPFLOP26
 
Alors que la deuxième semaine de la 26e COP faisait planer le doute, et laissait espérer quelques (bonnes ?) nouvelles, avec notamment un accord entre la Chine et les États-Unis, le couperet est finalement tombé ce dimanche : « le pacte de Glasgow » est largement en dessous des attentes, et largement insuffisant par rapport à l’urgence de la situation. Les larmes aux yeux, le président de cette édition Alok Sharma a lui-même exprimé sa profonde déception avant d’entériner l’adoption de l’accord, qu’il a encore fallu ratifier à la dernière minute, pour ne pas parler de « sortie » des énergies fossiles mais de simple « réduction ». En bref, n’ayons pas peur des mots : c’est un ratage quasi-complet (et cela malgré le fait que certains et certaines continuent de voir le verre à moitié plein !).
 
Alors oui, de nombreux accords ont été signés, mais généralement sans les pays véritablement concernés ou encore à horizon trop lointain pour être satisfaisants (la fin de la déforestation prévue pour 2030, ce qui laisse encore largement le temps de dézinguer tout ce qu’il nous reste, entre autres choses). Le pire, évidemment : ne pas avoir trouvé d’accord sur l’aide aux pays vulnérables et sur la question des « pertes et dommages ». Voilà pour le maigre bilan de cette « COP de l’inaction », qui aura tout de même eu le mérite d’avoir mis en lumière quelques personnalités déterminées (non, on ne parle pas de Jeff Bezos), comme la présidente de la Barbade Mia Mottley (déjà connue pour ses belles punchlines), et qui tout simplement a-to-mi-sé les grands dirigeants dans son discours. C'est déjà ça ?
 
Pour que vous gardiez les yeux bien ouverts, on vous parle, cette semaine :
  • Des arnaques marines en dropshipping
  • Du concept de température humide (qui va refroidir certains climatosceptiques)
  • De la femme qui a découvert l’effet de serre (et que personne n’a écoutée)
 
Bonne lecture et à la semaine prochaine (et n’hésitez pas à nous faire nos retours par ici) !
 
La main dans le goudron
 
 
Un requin peut en cacher un autre
 
« Achète un bracelet, sauve un animal marin ! ». Depuis quelques semaines, les publicités affluent pour nous vendre de petits bijoux aux vertus environnementales miraculeuses. Jugez plutôt : leur simple achat financerait la remise en état de nos faune et flore marines ravagées par la pollution. « Un petit bracelet, mais une grande mission » scande le vendeur Earth Lives (qui explique également que « pour chaque bracelet commandé, nous nous engageons à planter 5 arbres ou à ramasser l’équivalent de 80 bouteilles en plastique », rien que ça !) ; « Vous contribuez directement à sauver la faune sauvage avec chaque commande » annonce le marchand Planète Vivante ; « Rejoignez notre mission. Participez à la protection des Tortues de mer avec les bracelets de suivi » implore le commerçant Blue Ocean. La promesse est belle : vendus une vingtaine d’euros, ces bracelets fabriqués en perles de « céramique écologique » financeraient le travail des ONG de protection des océans et de nettoyage des plages. Cerise sur le bateau, chaque bijou viendrait avec un code de suivi pour géolocaliser l’un des animaux secourus grâce au financement.
 
Sauf qu’il y a entube sous roche. En échange de leurs 20 euros, les clients de Blue Ocean reçoivent en réalité un bracelet en toc acheté 1,65 euros sur AliExpress et vendu en dropshipping, ainsi qu’un code de tracking de tortue chipé sur le site d’une ONG. Quant au financement de la dépollution des plages, pas question de mettre la main à l’épave : nos petits vauriens sous-traitent cela à la startup Verdn qui vend du « sustainability as a service ». Pour 1 euro, elle « verdit » n’importe quel produit. On notera au passage la chouette promesse de ces camelots de la vertu : « augmentez l'engagement client par 10 en attachant des engagements environnementaux à vos produits ou services ». Et les partenariats annoncés avec des ONG alors ? Des dons ponctuels sont bien revendiqués (faut bien défiscaliser !) mais leur montant est dérisoire face au prix des bracelets. Et parfois, ils sont juste carrément fake.
 
Malheureusement, dans le game de l’arnaque sous-marine, Blue Ocean et ses petits potes ne sont pas les plus gros poissons du bocal. Avant eux, c’est l’entreprise 4Ocean qui arnaque le mieux des fans de dauphins, et ce depuis des années. Mais si quelques aventureux leur cherchent bien les poux, ils restent adoubés de partout. Bref, il y a des requins au bout des bracelets, mais pas ceux qu’on attendait.
 
En bref, ailleurs
 
Google, poule mouillée !
 
Au rayon des GAFA, donnez-nous le G ! Pas peu fier de se présenter en tant que grand gourou de la vie privée, voilà donc que Google brame haut et fort son engagement pour la planète ! Pourtant, au fin fond de l'Oregon, dans la ville de The Dalles, on ne croit pas trop à ces mots doux. C'est ici que se niche l'un des plus gros datacenters de Google (méga usine qui ressemble à ça), et où le géant de la pub stockerait l'équivalent de 30 millions d'ordinateurs. Naturellement, un si grand nombre de serveurs génère BEAUCOUP de chaleur, et demande donc BEAUCOUP d'eau pour les refroidir. Coup de massue, Google a récemment annoncé vouloir agrandir ce fameux datacenter en échange de deux choses : 1/ plus d'allégements fiscaux et 2/ plus d'eau. Ben voyons ! Or, alors que 98 % du comté est en situation de « sécheresse extrême », Google refuse de divulguer sa consommation d'eau, comme les habitants le lui demandent pourtant. Et s'il est très difficile d'obtenir des informations sur la consommation d'eau réelle des datacenters de Google (qualifiée de « secret commercial »), on peut s'en faire une petite idée par quelques indices égrainés ici et là : en 2020, un dépôt légal indiquait que Google avait demandé jusqu'à 5,2 milliards de litres d'eau par an pour un nouveau datacenter au Texas. Bref à défaut de pouvoir jouer aux devinettes, tout cela mériterait un bon coup de transparence, pourtant bien vantée en interne… OK Google ?
 
 
Toc toc
 
A priori, rien de moins sexy que l'isolation thermique, et pourtant. Au Royaume-Uni, le mouvement « Insulate Britain » (comprendre « isolez le Royaume-Uni », pour isolation thermique) rameute les foules depuis sa création au mois d'août. Collectif dérivé d'Extinction Rebellion, Insulate Britain a un cheval de bataille : contraindre le gouvernement britannique à améliorer l’isolation thermique des logements, dans un pays où deux tiers d'entre eux sont touchés par des courants d’air, de l’humidité, de la moisissure ou sont surchauffés. Depuis quelques jours, le collectif multiplie les actions directes (dont le blocage du périph' de Londres) quitte à se faire traîner au sol par des conducteurs chauffés à blanc. Mais c'est une autre menace qui plane au-dessus du mouvement : celle du discrédit complotiste. Vice raconte comment tout un tas de théories farfelues pullulent ces derniers jours sur TikTok ou Reddit pour démontrer (scientifiquement, il va de soi) qu'Insulate Britain ne serait qu'une armée d'acteurs embauchés par le gouvernement. Avec, comme on peut l'imaginer, des arguments implacables, comme celui qui consiste à dire qu'on ne peut pas épeler « Insulate Britain » sans écrire « Isn't Real ». Évidemment !
 
La news brûlante de la semaine
 
 
Chaud les marrons…
 
+1,5 °C, +2°C… Et désormais peut-être +2,7°C… Mais concrètement, ça veut dire quoi, pour nous ? Certains ont tendance à penser qu’un petit degré en plus (ou en moins), ça ne changera pas grand-chose, surtout quand on se retrouve face à des hivers rigoureux (ça paraît contre intuitif, mais ces vagues de froid sont justement l’une des nombreuses conséquences du réchauffement du cercle Arctique). Malheureusement pour eux (et pour nous) ceux qui pensent que +2°C, cela signifie un été un peu plus long et un hiver un peu plus doux, se trompent évidemment lourdement.

L’imaginaire que nous avons construit autour du dérèglement climatique nous laisse croire que ses conséquences sont principalement faites d’évènements exceptionnels tels que des incendies, sécheresses, tornades, ouragans, et des vagues de froid inhabituelles. On oublie donc purement et simplement l’augmentation de la chaleur en elle-même, comme si ce n’était pas tant que ça un problème, probablement parce que nous avons été biberonnées d’histoires relatant de notre capacité d’adaptation physique exceptionnelle à des circonstances extrêmes. Pourtant, c’est faux : c’est la problématique soulevée par le concept de la « température humide », également appelée « thermomètre mouillé », qui tient compte de l'humidité ambiante et de ses possibilités d'évaporation par le corps. Si 40 ou 50°C de température peuvent être supportables tant que l’air est sec (et sur une période relativement courte), dépasser les 30°C de température humide devient très rapidement critique pour notre corps. Une expérience menée dans les années 90 est assez révélatrice : « Dans une pièce, on a installé une personne par 45°C de chaleur sèche. Au bout d'une heure et demie, elle avait perdu plus d'un litre d'eau, mais la température de son corps était normale. Nous avons ensuite fait subir le même test à une personne qui n'avait pas de glandes sudoripares (permettant de sécréter la sueur). Au bout de trente-cinq minutes, la chaleur de son corps était montée à 40°C. ». Seulement, à une température humide de 35°, nous nous retrouvons tous dans cette même situation, l’humidité dans l’air ne permettant plus à la sudation de faire baisser la température. Pas besoin d’aller plus loin dans la description : après quelques heures, c’est le décès assuré.

Vous imaginez les conséquences terribles d’une augmentation des températures humides à l’échelle d’une région entière : la population ne pourrait survivre qu’en vivant cloîtrée sous terre ou dans des bunkers, un peu comme en Antarctique, sans sortir dehors plus de quelques minutes. Évidemment, « c’est une question d’infrastructures » et de disparités économiques et sociales. Un pays où tout le monde a une bonne clim (et assez d’électricité pour la faire tourner en continu), comptera forcément moins de décès liés à des épisodes réguliers de canicule. Seulement, à l’heure où le dernier rapport du GIEC nous explique qu’il y a déjà des régions devenues inhabitables à cause du réchauffement climatique, il faudrait peut-être se demander si nous avons vraiment envie de continuer à tout faire pour que les zones vivables rétrécissent à vue d’œil. Et si vous pensez, comme beaucoup, que ça n’arrivera que dans les pays du sud ou là où il fait déjà très chaud, détrompez-vous : une étude publiée il y a quelques jours à peine par le Met Office (le service national britannique de météorologie) explique que près d’un milliard de personnes souffriront de chaleurs extrêmes en 2100 si nous arrivons à limiter le réchauffement à « seulement » +2°C. Et malheureusement, vu comment on est parti, on n’est pas prêts d’y arriver
 
Le meilleur pour la fin
(de la newsletter, pas du monde)
 
Il y a 165 ans, Eunice Newton Foote découvre l'effet de serre (et tout le monde s'en fout…)
 
Depuis les années 1800, il est peu de dire que nous avons reçu notre lot de mises en garde contre les dangers du changement climatique. Mais la première sérieuse alerte nous vient d'une scientifique américaine que personne n'a écoutée, et que tout le monde a laissée aux oubliettes : Eunice Newton Foote. Car figurez-vous que Foote n'a jamais été autorisée à présenter ses propres travaux, c'est un homme, Joseph Henry, qui s'en est chargé à sa place. Trop aimable ! Ce n'est qu'en 2011 qu'elle est mise en lumière par Ray Sorensen, un géologue à la retraite et passionné de vieux journaux, qui tombe par hasard sur son article paru dans The American Journal of Science and Arts, dans lequel elle y décrit ses travaux.
 
Retour en arrière : pendant la révolution industrielle aux États-Unis, les usines et les chemins de fer se multiplient, et Foote s'inquiète de la quantité de dioxyde de carbone qui entre dans l'atmosphère. En 1856, elle décide de réaliser une expérience pour en avoir le cœur net : elle prend quelques cylindres de verre et y place un thermomètre ainsi que différents types de gaz. Elle expose les cylindres au soleil et constate que celui qui contient du dioxyde de carbone se réchauffe plus rapidement que les autres. Elle en conclut qu' « une atmosphère constituée de ce gaz [dioxyde de carbone] donnerait à notre Terre une température élevée ». Avec ses tubes de verres, Eunice Newton Foote est donc la première à démontrer concrètement l'existence de l'effet de serre. Pourtant, encore aujourd'hui, c'est habituellement le physicien irlandais John Tyndall qui est crédité pour cette découverte, ayant publié une recherche similaire (et plus détaillée) mais… trois ans plus tard ! Eunice Newton Foote rejoint donc la longue liste des oubliées de la science et de l'effet Matilda, qu'on vous invite à explorer par ici
 
 
La suite mardi prochain !
 
 
 
 
 
Une personne bien intentionnée vous a transféré ce mail ?
 
 
Addenda : Comment la neutralité zéro va renflouer Wall Street - Chouette, des requins dans la Tamise ! - L'empreinte de la COP26 est deux fois plus grande que celle de la COP25 - Du côté des frigos, c'était pas tip top non plus - Le réchauffement climatique depuis l’espace, ça donne ça - Ironie bien ironique, les usines de fast fashion sont menacées par la montée des eaux - Dites bonjour au Icelandverse - Au Royaume-Uni, Rolls Royce construit… une centrale nucléaire - Pendant ce temps, Airbus écoule ses avions comme des petits pains… Tout en restant « sustainable », bien sûr - En ville, les oiseaux aussi sont stressés Un p'tit coup de mou hivernal ? Marre du froid ? Et si on allait tous dégonfler des pneus de SUV ce weekend ? Allez, chiche ! - La suite la semaine prochaine !
 
 
Et pour les plus vaillant(e)s, un lien en rab (et sans aucun rapport) par ici !