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« Les gens ne changeront jamais »



Cette phrase a beau représenter le degré 0 de l’argumentation (vague, pas de chiffres, tout le monde dans le même sac…), elle fait mal. Et si, pour une fois dans cette chronique, on ne cherchait pas à mettre notre interlocuteur.trice KO debout, mais à parvenir, plus modestement, à un compromis ?


Au début de la discussion, jouez l’apaisement. Demandez-lui de préciser de qui on parle : « mais qui sont ces gens ? » Une question embarrassante, car par « les gens » celui-ci/celle-ci évoque probablement une catégorie sociale aussi abstraite qu’une chronique climat du Point : j’ai nommé… les « gilets jaunes », et leur prétendu amour de la bagnole. Continuez à feindre la naïveté : « ce sont eux qui ont le plus d’impact sur le climat, tu es sûr.e ? » Car oui, si vous êtes lecteur.trice régulier.e, vous savez que c’est à ce moment que les inégalités d’émissions peuvent être sorties du chapeau : les 10 % les plus riches émettent 2 à 4 fois plus que les 10 % les plus pauvres. Plus de kilomètres, plus de voitures par foyer, plus de voyages par an… C’est aux plus riches de changer en priorité ! Et aux dernières nouvelles, ils ne s’étaient pas vraiment installés sur les ronds-points…


Vous vous approchez doucement du compromis – rien de mieux que de critiquer les riches n’est-ce pas ? –, mais il reste encore quelques idées à éclaircir. « Mais c’est quoi un comportement écolo, au fait ? » : cette question - essayez de ne pas adopter un ton trop professoral en la posant – amène des réponses qui sont, très souvent, le micro début du commencement de ce qu’il faudrait faire : trier ses déchets, manger des légumes de saison, baisser son thermostat, éviter la clim… Combien de fois avez-vous entendu le fameux « ah, mais moi je trie ! ». C’est le moment « ordre de grandeur », notre préféré. Les déchets représentent 1 à 2 % des émissions en France et dans le monde… En revanche, un week-end à Marrakech – apparemment le hobby préféré des jeunes de LREM –, c’est 400 kilos d’eCO2 (équivalent CO2), soit 2500 kilomètres en voiture. Ça en fait des allers-retours pour aller au boulot ! – clin d’œil aux gilets jaunes. Bon… C’est peut-être un peu agressif. Vous pouvez plus calmement lui proposer de calculer son empreinte carbone et de regarder de plus près les secteurs les plus polluants.


Dernière étape. « Si je te disais qu’on pouvait se mettre d’accord… ». Là, vous avez toute l’attention de votre interlocuteur/trice. « Non, en effet, concédez-vous, les « gens » ne voudront pas changer »… À moins que 1) les élus donnent l’exemple – l’ancien Premier ministre qui prend son jet pour aller voter, ce n’est plus possible – 2) celles et ceux qui émettent le plus soient beaucoup plus taxé.e.s – des ventes record de yacht en 2021, sérieusement ? – 3) les médias informent correctement sur la gravité de la situation – des enfants à la plage pour illustrer la canicule, plus jamais – et enfin, le plus important 4) la transition écologique soit indissociable de la justice sociale. Les études sur l’acceptation abondent en ce sens ! Une taxe carbone ? Ok, mais donnez-moi un abonnement mobilité à moins de 10 euros comme en Allemagne, ou une prime sans contrepartie pour acheter un vélo. Une interdiction du fioul ? Ok, mais je veux que ma rénovation ne me coûte quasiment rien. Une interdiction des vols intérieurs ? Ok, mais je veux une TVA réduite sur les billets de train… À vous de trouver l’exemple le plus approprié ! Bon courage et rassurez-vous, dans la prochaine chronique, pas de compromis !

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